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On nous l’avait promis : le Plan prison. Emmanuel Macron veut lutter contre la surpopulation carcérale. Avec un taux d’occupation de 118 %, les prisons françaises sont les plus blindées d’Europe. A défaut d’avoir des lits, 1 500 prisonniers dorment sur un matelas, à même le sol.  Conséquences : des conditions de vie dégradantes pour les détenus et des conditions de travail compliquées pour les surveillants, souvent en sous-effectif. Au total, 1,7 milliard d’euros seront réservés à la construction de nouvelles prisons.


Plus de places, moins de détenus

Cédric, ancien détenu, estime avoir eu de la “chance”. Tombé la première fois en 2008 pour trafic de stup, le jeune homme du 77 a écopé d’une peine de 6 mois et demie à Fleury Merogis. “ Il y a des personnes pour qui c’était plus chaud, y a des triplettes (cellule de 3 détenus), des doublettes (2). Moi, j’étais dans un 9m carré avec un codétenu. C’était pas le grand luxe, mais on arrivait à gérer.”

Cet été, la France a battu un nouveau record, avec 71 000 détenus. Dans le cadre du plan prison, la Ministre de la justice Nicole Belloubet promet 7 000 nouvelles places de prison dont 2000 en structures d’accompagnements vers la sortie (SAS) d’ici 2022. A côté, on nous promet 8 000 prisonniers en moins. Les petites peines, comme celle de Cédric, seront remplacées par des alternatives, comme la détention électronique ou le Travail d’intérêt général (TIG). En revanche, au-delà d’une peine supérieure à un an, c’est la case prison sans ménagement.

“Ces 6 mois ont rien changé pour moi”. Quand il est entré en prison, Cédric était en formation cuisine au lycée. “Je suis sortie une semaine avant l’examen final et je l’ai obtenu avec mention.” Aujourd’hui, à 28 ans, il est second de cuisine.

Des clopinettes

Malgré des tensions fréquentes entre détenus et matons, Cédric avoue : c’est pas toujours simple pour eux non plus. “ Il y en a des corrects, d’autres qui ne le sont pas. Mais la dernière fois, ils étaient deux pour faire sortir 40 d’entre nous en promenade, si ça pète, ils font comment ?”. Côté surveillants, le Plan prison prévoit 10 000 nouveaux postes et 1500 postes de conseillers d’insertion et de probation pour faciliter la réinsertion des prisonniers à leur sortie.

En taule, en plus des mauvaises conditions, il y a l’ennui. “Tu fous rien. Tu regardes la télé, tu dors toute la journée, et y a ceux qui bédavent encore et encore.” L’Etat souhaite aussi renforcer l’accès au travail en prison. Dès le mois d’octobre, une agence du travail en détention (agence de travail d’intérêt général et du travail pénitentiaire) ouvrira ses portes. Les prisons qui verront le jour prochainement seront dotées de “lieux pour la formation et le travail”. Mais les contours de cette mesure restent encore flous.

Taffer en prison, Cédric n’est pas contre, “à condition d’être payé décemment, parce que c’est de l’exploitation là.” On n’y est pas encore. En France, le droit du travail en prison est quasi inexistant. On donne aux détenus qui le souhaitent des missions pour faire tourner la prison et parfois des petits emplois en manutention dans des entreprises privées… Tout ça pour des clopinettes. “Y a ceux qui cuisinent, ceux qui nettoient les douches, etc … Ils font ça pour presque rien” se rappelle Cédric.

Jugé non pertinent pour beaucoup, le Plan prison fait l’effet d’un coup de com. Ses mesures passeront devant le Parlement en début octobre… Affaire à suivre.

 

Un sage a dit  » La prison c’est dure, la sortie c’est sûre »

 


Djenaba Diamé

Etudiante de 22 ans en Science politiques à Paris 8, passionnée par la culture urbaine.


 

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