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Pendant deux semaines, une dizaine d’apprentis journalistes d’Urban Street Reporters se sont penchés sur le sujet épineux qu’est le harcèlement, aussi bien en milieu scolaire, qu’à travers les réseaux sociaux. En cette période de vacances scolaires de février, alors que leurs camarades profitaient de leur temps libre pour s’amuser, eux ont préféré s’initier au métier de journaliste/reporter.  Bien qu’étant concernés, ils ne s’étaient pas rendus compte à quel point le harcèlement touchait autant de personnes. Layana et Alyssa (14 ans), deux jeunes membres de l’équipe d’Urban Street Reporters viennent de perdre un camarade d’école. Roger avait 12 ans, il a préféré malheureusement mettre fin à ses jours.  Elles cherchent à se convaincre qu’elles auraient pu l’aider. 


 

LE HARCÈLEMENT EN QUELQUES MOTS

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Mais le harcèlement, c’est quoi en fait ? Une forme de maltraitance qui peut être aussi bien morale que physique. Selon la psychanalyste Marie-France HIRIGOYEN qui définit ce dernier comme une « conduite abusive qui se manifeste notamment par des comportements, des paroles, des gestes, des actes, des écrits pouvant porter atteinte à la personnalité, à la dignité ou à l’intégrité physique ou psychologique d’une personne ». C’est une arme utilisée à des fins précises. Son objectif ? Affecter, voire détruire l’identité de l’individu. De manière répétitive et insistante. L’harceleur fait subir à sa victime des humiliations en tout genre. L’école est également touchée puisqu’il est difficile de ne pas trouver un bouc-émissaire dans chaque classe tandis que les harceleurs ne se rendent pas compte du mal qu’ils propagent gratuitement : les enfants sont également capables de cruauté. Si bien que ce fléau a des répercussions terribles comme la baisse des résultats, le changement de comportement à la maison, voire le suicide. (Le harcèlement ne se développe pas uniquement à l’école, mais également au travail pour les adultes).


LA RÉPONSE DU GOUVERNEMENT

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Afin de mieux prévenir et lutter contre le harcèlement scolaire, le ministère de l’Éducation a lancé un numéro vert, le 3020 (joignable de 9h00 à 18h00, du lundi au vendredi), il est aussi possible de s’adresser au numéro vert « net écoute », le 0 800 200 000. De plus, une journée national intitulée « Non au harcèlement » dont la première le 5 novembre 2015 avec un clip télé destiné aux enfants diffusé sur les chaines de France Télévisions & Walt Disney. Bien que ces multiples dispositifs soient louables, il faudrait aller bien plus loin afin de combattre plus efficacement ce terrible mal de société. En formant le corps enseignant à la gestion de ces cas de figures, par des stages sous la tutelle du gouvernement. En insistant sur le thème du harcèlement dans les cours d’éducation civique. En organisant des rencontres où certaines victimes échangeront, dialogueront avec ces élèves afin d’en faire, plus tard, des citoyens respectables. Des idées et propositions qui ont plu à Maryse*, professeur au lycée qui a accepté de répondre aux questions de nos reporters : selon elle, les enseignants ne peuvent pas être au courant des agissements durant les interclasses, voire à l’extérieur de l’enceinte scolaire, tandis que le CPE accompagné des assistants d’éducation (surveillants, pions) sont bien plus proches (en permanence, cantine et récréation) des élèves donc sont plus à même de percevoir le mal-être d’un élève.


DES DESTINS TRAGIQUES 

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Des enquêtes de climat scolaire et de victimisation montrent que le harcèlement toucherait 12 % des écoliers, 10 % des collégiens et enfin 3,4 % des lycéens soit 700 000 selon Najat VALLAUD-BELKACEM (Ministre de l’Education). Néanmoins, nous pouvons nous interroger sur l’exactitude de ces chiffres : une grande majorité des victimes souffrent (très) longuement avant de se décider à tenir au courant le corps enseignant et/ou les forces de l’ordre. Malheureusement, certains optent pour le renfermement sur soi, alors la tragédie n’est pas loin. Comme Marion (13 ans, Vaugrigneuse), élève brillante qui s’est pendue à son domicile, suite à des « mots doux » de ses camarades, à savoir « Tu reviens on te crève les yeux », « tu vas recevoir plein dans la gueule », « boloss » ou encore « mongole » (source : Le Monde). Des attaques qui débutent dans la cour de récréation et se prolongent sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Snapchat). Malgré plusieurs alertes de sa mère, le directeur de l’établissement ne prend pas au sérieux la situation. Un changement de classe et l’organisation de conseils de discipline auront été plus judicieux. À l’instar de Jonathan (16 ans) qui est moqué pour son nom de famille (DESTIN), son surpoids et sa dyslexie.  Il tentera de mettre fin à ses jours en s’immolant par le feu, en s’aspergeant d’alcool après 6 années d’insultes, de coups reçus et de racket. Un revolver sur la tempe, ses agresseurs lui demande 100 euros au prix de sa vie. Sans une once d’espoir, l’adolescent n’avait que la mort comme alternative. Cependant, il est animé d’un dernier instinct de survie donc saute dans le Canal de la Deûle où il sera secouru. Depuis, brûlé au deux tiers de son corps, il a écrit un livre intitulé CONDAMNE A ME TUER (édition J’ai Lu) où il incite les jeunes victimes de harcèlement à briser la loi du silence. Deux cas parmi tant d’autres, qui soulignent le fait que le cyber-harcèlement est tendance, voire viral chez les jeunes.



LES RÉPONSES DE NOS JEUNES REPORTERS

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Touchés par ce sujet, nos jeunes reporters n’ont pas hésité à descendre dans les rues de Paris  et de Garges-lès-Gonesse afin de recueillir les témoignages des passants. À l’occasion de ces micro-trottoirs, ils ont tenté de trouver des solutions.


Alyssa (14 ans)

“Roger était souvent seul, sans ami. Avec Layana, on est allé à sa rencontre pour savoir pourquoi il n'avait pas d'amis. Il nous a expliqué que personne ne voulait jouer avec lui, les élèves l’insultaient tous le temps”.
Alyssa (14 ans)

Layana (14 ans)

“Je suis triste qu’il ait mis fin à ses jours, il ne faut jamais laisser un camarade tout seul, on peut l’aider en allant vers lui. Jamais je n’aurais pensé que le harcèlement pouvait mener à la mort”.
Layana (14 ans)

 

Olivier (15 ans)

“Il faut en parler autour de soi, surtout ne pas rester seul, ne pas hésiter à en parler à ses parents ou à ses copains”
Olivier (15 ans)

Drito (15 ans)

“Si nous restons indifférents face à un camarade harcelé, nous sommes indirectement complices. Nous, les jeunes, nous devons aider nos camarades en allant vers eux pour les soutenir”.
Drito (15 ans)

 MICRO-TROTTOIRS

Les jeunes d’Urban Street Reporters ont réalisé des micro-trottoirs à Garges-lès-Gonesse, mais aussi à Paris auprès des passants. Ils ont souhaité recueillir les avis des uns et des autres afin d’étudier davantage le sujet. Merci aux passants qui ont gentiment accepté de répondre à leurs questions.

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