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La radicalisation : nouvelle forme de danger en France. Durant une semaine, en avril, les jeunes d’Urban Street Reporters se sont penchés sur ce fléau à travers des rencontres, de la documentation et des micro-trottoirs. Comment nos reporters en herbe perçoivent-ils ce phénomène ? Décryptage. 


Etat des lieux

Le terme « radicalisation » apparaît pour la toute première fois lors de l’attentat de juillet 1995 à la station Saint-Michel à Paris, puis en 2001 avec les attentats du World Trade Center aux Etats-Unis. En France, il est réutilisé lors de la tuerie de Charlie Hebdo et de la prise d’otages de l’Hyper Casher en janvier 2015.

Comme beaucoup de Français, les jeunes d’Urban Street Reporters ont pris conscience de l’impact de la radicalisation lors des derniers attentats. Ce triste vendredi 13 novembre 2015 où Paris a été la cible d’une succession d’atrocités. Ce jour-là, le mot attentat prend toute sa dimension. L’animateur Ibrahim et un groupe de jeunes assistaient en effet au spectacle de l’humoriste Norman et se trouvaient à quelques mètres seulement des attaques meurtrières.

Ce jour qui devait être placé sous le signe de la joie s’est transformé en véritable cauchemar pour les jeunes et leurs familles. C’est avec la boule au ventre qu’ils ont écourté cette soirée. Direction le métro le plus proche, puis le RER. L’angoisse s’est intensifiée avec l’appréhension de croiser l’un des terroristes sur le chemin du retour. En effet, selon les informations qui circulaient, des explosions avaient été entendues à Saint-Denis, ville qui se trouve sur le trajet du RER. Arrivés à Garges-Sarcelles, le soulagement a été unanime comme le souligne Manu (18 ans) « C’était bien la première fois que j’étais aussi heureux d’arriver à Garges ».

Le répit fut de courte durée car les forces de l’ordre se rendent à Saint-Denis afin d’appréhender l’un des terroristes. À ce moment précis, la prise de conscience est à son maximum, Imène (15 ans) témoigne : « J’étais à Paris lors des attentats, puis à proximité de mon école on arrête l’un des terroristes. Depuis, je me dis que je ne suis pas à l’abri. Ni ma famille, ni mes amis. »

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Radicalisation : nouveau fléau chez les jeunes

Suite à leurs investigations, nos reporters ont constaté que les jeunes se font souvent endoctriner via les réseaux sociaux (Facebook, Twitter…). Les exemples ne sont plus à démontrer tant ce procédé est devenue monnaie courante. La plupart des jeunes passant leur temps sur ces réseaux sociaux, rien de plus facile pour de les approcher. Quand d’une simple rencontre sur Twitter, la vie bascule.

Un point commun ? Une majorité est en manque de repères. On constate également une certaine fragilité psychologique liée à des relations familiales et sociales parfois tendues. Selon le Ministère de l’Education nationale, plusieurs jeunes auraient tenté de rejoindre la Syrie, 1 400 collégiens ou lycéens seraient radicalisés en France durant l’année 2015.

Certains jeunes trouvent en ces rencontres virtuelles, des confidents, une âme sœur, des personnes prévenantes qui les rassurent ; tout ce qu’ils ne semblent plus trouver autour d’eux. Pour les jeunes filles radicalisées, une relation amoureuse à distance n’est pas rare avec l’envie de rejoindre leur bien-aimé sur place. Il parait que la Syrie est un raccourci pour le paradis comme le prétendent leurs gourous. Malheureusement, le piège se referme une fois arrivé en Syrie, le ton change, il n’est plus question de rêve, mais un retour à la dure réalité de la guerre, de mariages forcés en passant d’un homme à un autre et de bien d’autres atrocités. Par ailleurs, si beaucoup de jeunes souhaitent ensuite faire marche arrière, très peu d’entre eux y arrivent.

DIA QUATRE AVRIL


 

Qui dit attentats, dit amalgames

À la suite de ces attentats meurtriers, certains jeunes d’Urban Street Reporters ont été la cible d’islamophobie, de stigmatisation, de provocation ou encore d’injures raciales sur les réseaux sociaux.

Ils ont donc réfléchi et ont listé certains préjugés qui pourraient faire des musulmans des potentiels terroristes :

– être de confession musulmane ;
– se convertir à la religion musulmane ;
– penser que la mosquée est un lieu de radicalisation ;
– porter un signe distinctif religieux (voile, barbe..) ;
– être issu de l’immigration, d’un quartier populaire ou d’un milieu pauvre.

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Toutes ces idées sont fausses et cela devient évident à la lecture des chiffres. Selon Dounia BOUZAR, anthropologue du fait religieux, ex-directrice du CPDSI (Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’Islam) auteure de « La vie après Daesh », 60 % des radicalisés ne sont pas issus de famille musulmanes. Pour les jeunes issus de l’immigration, un grand nombre d’entre eux n’ont pas reçu d’éducation religieuse, ou ont une connaissance incomplète de la religion. De plus, dans la religion musulmane, il est interdit d’ôter la vie à un innocent. À ce propos, le Coran déclare dans la sourate 5, verset 32 : [ …Quiconque tue un homme, c’est comme s’il avait tué toute l’humanité…].

Après un tour de table, les reporters apportent leur propre définition de la radicalisation.

Selon Jazz-Elisa (14 ans) « La radicalisation est faite par des personnes mal intentionnées qui détournent la religion afin de faire faire de mauvaises choses à des personnes influençables ».

« La radicalisation, c’est de convaincre des individus afin de profiter de leur naïveté. C’est leur faire croire que leurs agissements extrêmes les conduiront au Paradis » confie quant à elle Shaylene (13 ans).

Enfin, selon Zakaria (17 ans), il s’agit d’un « processus d’endoctrinement visant à donner une dimension politique à la pratique religieuse d’une personne. »

Force est de constater que ce sont souvent des jeunes fragiles ou instables qui sont le plus susceptibles de se faire endoctriner. Ce sont, pour certains, des jeunes qui se sentent rejetés par la société dans laquelle ils vivent. On constate également qu’ils ont souvent un passé de délinquant (prison, casier judiciaire..).

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Face à ce fléau, nous sommes tous concernés. C’est pourquoi la prévention (dans les établissements scolaires, structures municipales et associatives) et la solidarité doivent être le mot d’ordre afin de venir à bout de la radicalisation.

En partant de ce constat, les jeunes d’Urban Street Reporters ont réalisé deux micros-trottoirs, l’un à Garges et l’autre à Paris afin de recueillir l’avis des Français sur la radicalisation.


La radicalisation en quelques chiffres

D’après un dernier bilan officiel établi le 28 janvier 2016, la France compte 8 250 individus signalés comme étant radicalisés. Ce chiffre est révélé par une enquête du Figaro. Selon le quotidien, ils étaient 4 015 à l’avoir été en mars 2015, soit de son point de vue, un doublement des cas en quelques mois.

Mais contrairement à ce que laisse entendre le Figaro, le chiffre de 8 250 n’est pas celui des individus dont on a pu établir le profil radicalisé, mais celui des signalements, effectués soit par des proches qui ont contacté la plateforme téléphonique mise en place depuis 2014 pour prévenir les départs vers la Syrie et la radicalisation violente, soit par des institutions (l’Éducation nationale, notamment). Signalements qui peuvent correspondre à la réalité… ou non.

HTTP://WWW.LEMONDE.FR/LES-DECODEURS/ARTICLE/2016/02/03/QUE-DISENT-LES-CHIFFRES-SUR-LA-RADICALISATION-EN-FRANCE_4858633_4355770.HTML 

 * pour des raisons de confidentialité, le prénom a été changé.

 

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3 Commentaires

  1. Merci pour ce reportage remarquable, tant sur le fond que sur la forme.
    Et bravo pour ce site enthousiasmant.
    Didier Bourg – Journaliste et réalisateur (France 2 et RAI 3)

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